On y parle beaucoup de la condition de la femme (un bon complément du Deuxième sexe), mais aussi de la façon dont était considéré l'enfant, du rôle du père et plus généralement de la famille - qui est loin d'avoir toujours été comme nous la connaissons avec deux parents égaux et des enfants désirés et aimés.
J'ai découvert une réalité historique que je ne connaissais pas : aux XVII et XVIIIe siècles, la majorité des enfants des villes étaient placés en nourrice à la campagne. Ils passaient ensuite quelques années chez leurs parents, puis ils étaient souvent envoyés en pension. Bref, ils n'étaient pas spécialement proches de leurs parents et leur mère se débarassait souvent d'eux dès leur naissance - ce qui n'est pas la forme la plus aboutie d'instinct maternel.
L'amour maternel aurait en fait été "inventé" plus tard, pour la survie des enfants qui mourraient en nombre chez les nourrices. Les médecins, les philosophes, auraient mené une propagande intensive menant à considérer que la mère était naturellement dévouée à ses enfants et qu'elle devait se sacrifier pour eux. Freud encore considère la femme comme essentiellement masochiste, car elle aimerait la douleur de l'enfantement.
Ce bel essai se termine par une partie un peu militante sur les distorsions entre le mythe et la réalité : à l'époque où Elisabeth Badinter écrit, en 1980, le travail des femmes est en plein essor, les hommes commencent à prendre leur rôle de père ; elles acceptent beaucoup moins de sacrifier leur vie à celle de leurs enfants. Comment croire encore que "l'instinct maternel" est inné et que c'est naturellement et non culturellement que la femme est passive et masochiste ?


(En tout cas, c'est vrai que c'est drôlement intéressant de connaître l'histoire des différentes formes de parentalité au fil des époques!)