*malgré tout le boulot que j'ai déjà et mes copines qui me disent que je suis folle
Si j'écris en dehors de ces cadres je me demande en permanence "est-ce que c'est bien ? est-ce que les gens vont aimer lire ça ? est-ce que ça va apporter quelque chose à la littérature ?". Comme la réponse est probablement non (on réussit rarement un premier roman... le problème c'est qu'il faut bien en passer par là pour écrire un deuxième roman et à fortiori un cinquantième) ça me décourage. Donc j'essaie de rester dans un état d'esprit "écrire pour écrire" mais j'ai quand même envie de le faire lire donc je vais vous poster quelques extraits.
Celui-ci met en scène un personnage que j'aime beaucoup, probablement mon préféré, quoique je l'aie créé seulement pour un défi pendant le NaNo (je devais placer le nom "Grand Coquin" alors je me suis dit... "tiens, un nom de résistant").
Un minimum de contexte pour comprendre : c'est un monde futuriste, hyper-pollué, où chacun doit payer une taxe sur l'existence sous peine d'être déporté. Il y a des communautés de résistants qui ne peuvent pas / refusent de la payer. Frida, dont le point de vue est utilisé pour ce sous-chapitre, est journaliste ; elle est harcelée par la police car son fils est devenu résistant. Elle voudrait révéler les aspects sombres de la traque des résistants et pour cela elle va rencontrer Grand Coquin, qui travaille dans la police mais aide les résistants.

Frida
Grand Coquin était un androgyne, aux cheveux bruns mi-longs et aux yeux verts en amande. Frida le rencontra dans un café à deux heures du centre-ville, pour être sûre qu'il ne croiserait pas ses collègues. L'informateur semblait très timide, guettant sans cesse l'expression de son interlocutrice, quêtant un sourire. Cela contrastait avec le courage qu'il avait dû lui falloir pour accepter cette rencontre. Sa voix était très douce mais, lorsqu'il commença à revenir sur les tortures que pratiquait la police, elle se chargea de colère ; ses yeux brillaient d'indignation – peut-être aussi de larmes retenues. Lorsqu'ils en virent à discuter du plan d'action, il avait une demi-douzaine d'idées à lui proposer ; mais aucune n'était légale, et si Gédéon et elle se mettaient à publier un reportage issu de ces sources, ils se retrouveraient croulant sous les amendes.
« Je dois me déclarer comme journaliste et demander l'autorisation d'enregistrer » résuma Frida « mais bien sûr si je fais ça je pourrai constater que tout se passe à merveille dans la police, n'est-ce pas ? »
Grand Coquin acquiesça avec un sourire triste.
« Est-ce que mon témoignage pourrait aider ?
- Il aiderait, mais il ne nous dispenserait pas d'apporter des preuves. Un témoignage seul ne serait pas assez percutant et vu la sensibilité du sujet, il faut frapper fort et en une seule fois. Ils ne nous laisseront pas plusieurs chances.» L'androgyne acquiesça à nouveau. En une demi-heure, il était devenu moins apeuré et ils se sentaient complices dans les difficultés. Frida planta son regard dans le sien.
« Pourquoi prenez-vous tous ces risques ? »
L'androgyne sembla réfléchir, regardant au loin comme s'il avait pu trouver la réponse au fond de la pièce.
« Je suis rentré dans la police très jeune, avec l'idée d'aider mon pays. Je voyais les clandestins comme des personnes dangereuses pour la société, égoïstes et violentes – il y avait des raids à l'époque, contre les camps de transition, des clandestins qui les attaquaient pour récupérer les leurs. Les médias nous montraient les images les plus choquantes. J'étais dans une logique très binaire, les gendarmes et les voleurs, et je voulais être du côté du bien. » Son regard s'enfuit dans le vague. « Et puis j'ai monté les échelons. J'ai arrêté des familles, j'ai... déporté des enfants. J'ai commencé à douter. Pourtant je n'ai pas voulu m'en aller m'en aller, je pensais pouvoir changer le système de l'intérieur. » Il absorba Frida dans ses yeux bordés de cils noirs « Peut-être que je le crois toujours.
- Il ne faut jamais arrêter de se battre » murmura son interlocutrice.
Ils se séparèrent peu après. Cette discussion avait ravivé le cœur de Frida, lui avait donné envie de se battre, mais ils n'avaient pas trouvé comment. Elle y pensait en rentrant à la rédaction. Qu'est-ce que Grand-Coquin serait prêt à faire pour cette enquête ? Beaucoup, bien qu'il n'aie pas beaucoup de pouvoir. Il était pourtant allé jusqu'à proposer de recommander un des deux jeunes reporters pour les faire rentrer dans la police. Elle avait écarté cette proposition généreuse : s'ils se faisaient passer pour des policiers et portaient des mouchards, les images ne seraient pas publiables. Mais si les enregistreurs étaient bien visibles ? Elle se rappelait bien avoir vu des caméras lorsqu'elle était interrogée. Ils devaient les éteindre lorsque la situation tournait au vinaigre. Mais s'ils arrivaient à s'infiltrer dans le commissariat et à rallumer les appareils qui auraient dû être pudiquement éteints ? Ce ne serait pas à proprement parler illégal, puisque c'était le comportement des policiers qui l'était. A peine arrivée à son quartier général, elle se connecta à l'extra-net et laissa un message à l'attention de son informateur : « Pourriez-vous faire embaucher l'un de nous comme agent de sécurité ? Merci pour cette précieuse après-midi. Avec mes meilleurs sentiments. Frida. »





