Lady.Dylan

Journal d'une dilettante.

Mardi 14 février 2012 à 17:09

"ACTA, ACTA, tu passeras pas !
- Hey les gars, le problème qu'on a avec cette merde c'est qu'elle est déjà passée, alors faudrait qu'on se bouge un peu."

 
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Pour la suite, j'ai choisi de ne pas parler d'ACTA, mais de la manifestation en elle-même. Vous pourrez vous renseigner sur ce traité grâce à des liens en fin d'article.


Samedi 11 février, 14h30.
Une foule de manifestants s'amasse sur le Vieux Port. Au moins cent cinquante personnes. Beaucoup portent des masques de Guy Fawkes, le symbole d'Anonymous, non-organisation¹ d'où est née la résistance contre ACTA. D'autres enfouissent leur visage dans des cagoules et des écharpes, plus pour se réchauffer que pour se cacher de la police. Le froid a rebuté beaucoup de participants, puisqu'ils étaient cinq cent à avoir annoncé leur venue sur l'évènement Facebook.
 
Lorsqu'il devient évident que plus personne n'arrivera, le rendez-vous ayant été fixé à deux heures, quelques manifestants essaient de rassembler la foule avec des mégaphones. Le cortège se forme et se met en branle, direction la Canebière pour rejoindre une autre manifestation. Il passe devant un orchestre de rue, qui joue plus fort pour le saluer. Les manifestants réagissent avec enthousiasme, criant "on a de vrais artistes !". Mais très vite, le cortège s'arrête, revenant sur leur décision. Ils repassent devant les musiciens enchantés, pour rejoindre la Mairie située de l'autre côté. 
 
A la Mairie, les manifestants s'arrêtent pour prendre des photos. Règle n°22 établie par Anonymous pour "garantir une victoire épique" : documenter la manifestation. Ils suivent également la règle n°5 : rester de l'autre côté de la rue par rapport à l'objet de la manifestation. Ce guide a été établi pour transmettre un message au public sans s'attirer d'ennuis, qui pourraient être contre-productifs au niveau de l'image.
 
Cette logique froide pose néanmoins quelques problèmes avec un manifestant visiblement remonté contre les forces de l'ordre. Ce membre du Front de Gauche qui distribuait des tracts en début de manifestation (un acte qui suscite déjà la méfiance, les participants redoutant une "récupération politique") exhorte la petite foule à aller sur la route. L'évènement n'étant pas déclaré suite à des problèmes administratifs, les coordinateurs improvisés – il n'y avait pas réellement d'organisateurs – refusent. 
 

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Quelques personnes masquées attendent le début de la manifestation


La manifestation repart vers la Canebière pour aller à la Préfecture, suite à des échanges houleux pour décider de la direction à prendre. Le problème était toujours le même : ne pas bouger pour ne pas s'attirer d'ennuis avec la police, ou aller dans la rue pour toucher plus de monde.
 
Il y aura finalement eu un compromis : cheminer vers la Préfecture en restant sur les trottoirs. Un choix que certains regretteront plus tard, affirmant avoir eu honte de participer à une manifestation qui traverse au passage piéton. Sur internet de nombreux conciliateurs essaient d'apaiser les esprits, en assurant que la prochaine fois l'évènement serait autorisé et qu'ils pourraient investir la rue.

"Citoyens du monde libre ! On essaie de faire passer une loi dont vous n'êtes même pas au courant !" s'époumone l'homme au mégaphone. Lorsqu'il reprend son souffle, la foule scande "Non à la censure ! Oui à la culture !". Le vigile du Virgin Megastore parle nerveusement dans son talkie walkie, mais les manifestants n'essaient même pas de rentrer. Une discipline étonnante pour un rassemblement spontané, malgré les exhortations du militant du Front de Gauche – qui avait rangé son badge et ses tracts et se présentait désormais comme "un sympathisant".

Le cortège se dissoudra après un retour au Vieux Port. Marquée par quelques dissensions, le militant du Front de Gauche ayant tenté d'entraîner des participants dans un centre commercial couvert, la manifestation n'aura cependant pas rencontré de problème majeur. Une réussite selon les règles d'Anonymous, mais surtout une opération à poursuivre puisqu'elle vise surtout à sensibiliser la population. Les manifestants se retrouveront le 25 février prochain... en espérant être – de plus en plus – nombreux.


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Le cortège remontant la Canebière 


¹ J'appelle Anonymous une "non-organisation" car il n'ont ni structure, ni carte de membre, ni même condition pour "en être". C'est un collectif d'individus rassemblés par des idées : la liberté sur internet mais aussi le combat contre le racisme, la Scientologie...

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur ACTA : un article de madmoiZelle, une vidéo "L'ACTA pour les nuls", et pour les courageux le traité lui-même.

Pour agir : les manifestations du 25 février sur Facebook, une pétition qui a déjà rassemblé plus de 112 000 signataires.

Lundi 6 février 2012 à 20:04

Au palmarès des très bonnes séries, le prix de la plus déprimante revient à... Mad Men ! (Quoique Game of Thrones ait été nominé dans cette catégorie.) Je viens de terminer la quatrième saison et j'attends impatiemment la cinquième. Les aventures des publicitaires de Madison Avenue (et celles de tout leur entourage) c'est presque aussi addictif qu'un verre de whisky pour Don Draper.


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Une partie de Sterling Cooper

Mad Men se passe au début des années 60 à New York ; la série tourne autour de l'agence publicitaire Sterling Cooper et surtout de son créatif en chef : Don Draper. On suit également la vie de nombre d'employés – dont Peggy Olson la secrétaire ambitieuse – et de leur entourage, dont la magnifique Betty Draper (la femme de Don, donc). (Je parle volontairement du début de la série pour ne pas spoiler ceux qui ne l'auraient pas encore vue.)

Un des atouts de la série est ce mélange des genres : histoires privées (plus ou moins romantiques, Don étant un coureur de jupons invétéré), intrigues professionnelles (Sterling Cooper parviendra-t-elle à garder son plus gros client ?) et implications personnelles des personnages dans leur travail (je pense surtout à l'évolution de Peggy).

Cette grande variété de personnages et de thèmes permet de ne pas se lasser, tout en créant un petit suspens quand on change de point de vue (comme dans Game of Thrones, d'ailleurs – la clef du succès ?).


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Le couple de névrosés : Betty et Don


L'autre grand atout de Mad Men est son ambiance. On visualise bien la vie telle qu'elle était à l'époque (il parait que la série est très réussie d'un point de vue historique), on a l'impression d'être dans cette agence enfumée à s'enfiler des verres de whisky, on voudrait y vivre pour porter les robes de Betty (quoiqu'à la réflexion, le sort des personnages ne soit vraiment pas enviable).

On voit aussi très bien l'évolution au fil des années, autant dans les moeurs que dans les costumes et la musique. Ah, la musique... rien à redire, elle se fait oublier avec talent pendant les épisodes et devient plus présente à la fin avec des morceaux d'époque : Bob Dylan, Sonny & Cher, Petula Clark...

L'histoire peut être assez déprimante car certains personnages ne cessent jamais de sombrer ; heureusement, quelques soubresauts d'espoirs maintiennent la série dans le regardable (sinon le spectateur se pendrait tout de suite). Je dois être un peu masochiste, puisque j'ai adoré. Note : A.

Jeudi 2 février 2012 à 22:38

 Après ce billet pro-pirate, je pouvais bien faire un billet anti-Hadopi, non ? Oui... mais à propos d'un amendement méconnu. Celui sur le droit d'auteur des journalistes (j'en ai entendu parler en cours de droit des médias, je n'en avais jamais entendu parler jusqu'alors).

Les articles L. 132-35 à L.132-45 (vous pouvez les lire ici) prévoient des modes spéciaux de cession du droit d'auteur des journalistes. Désormais (enfin, dès que la loi s'appliquera, ils sont en train de réfléchir à son application), un groupe de presse pourra utiliser un article sur tous ses supports, sans rémunérer davantage son auteur.

Quand je dis "tous ses supports", je veux dire que des accords d'entreprise permettront aux grands groupes de presse d'utiliser les mêmes articles dans tous leurs titres ("appartenant à une même famille", une expression bien vague). C'est le retour du groupage de rédactions (une rédaction pour plusieurs journaux), qui avait été interdit (sur ce point je dois faire confiance à mon prof de droit, je ne trouve pas de documentation).

Ce nouveau mode de cession du droit d'auteur est évidemment une mauvaise chose pour les journalistes, qui gagneront la même chose pour une diffusion plus large de leurs textes ; si les rédactions sont groupées, il y aura également moins de travail. Là, je parle pour ma profession.

Mais cette loi touche également le public, puisque c'est une atteinte à la pluralité de la presse. Cela peut paraître anodin, mais avoir moins de points de vue est toujours préjudiciable. Le journalisme est déjà parasité par des contraintes économiques, cela ne pourra aller qu'en empirant. De plus, tout ce qui précarise les journalistes les encourage à écrire des articles populistes, plus vendeurs que réellement importants.

Cette partie de la loi est encore une preuve qu'Hadopi ne protège pas les artistes, ni les créateurs de toutes sortes. Elle est du côté des entreprises, des grands groupes. D'une minorité de gens qui détiennent la majorité de l'argent. Que l'on cesse de tenter de nous faire croire le contraire.


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Lundi 30 janvier 2012 à 14:18

 Je lisais l'autre jour un article de madmoiZelle intitulé "Ce que je serais devenue sans internet". Avec le retour du débat sur le téléchargement illégal (RIP Megaupload), je me suis posée cette question, ne serait-ce que sur le plan culturel – en imaginant que le téléchargement illégal n'existe pas.

Sans le téléchargement illégal, je ne regarderais pas de séries : ça c'est sans doute le plus sûr, étant donné que 1. je ne supporte pas de devoir me planter à heures fixes devant ma télévision et 2. les séries que j'aime passent en France avec énormément de retard, dans le désordre (paraît-il, je n'ai jamais essayé de les regarder à la télé) et en VF – rédhibitoire (oui, je suis une grosse snob, je regarde tout en VO).

Sans le téléchargement illégal, j'écouterais beaucoup moins de musique : enfin là c'est plutôt "sans les sites de streaming". J'écoute pas mal la radio, mais ils passent toujours la même chose, donc le seul moyen de découvrir des choses c'est de les écouter en ligne. Non, je ne vais pas acheter un CD d'un artiste que je ne connais pas. Et dans les périodes où je n'écoutais pas de musique en ligne (genre quand Radioblog a fermé) je n'achetais pas de CDs non plus – je ne suis pas suffisamment passionnée de musique, je préfère acheter des livres. Ajoutons que ceux qui téléchargent beaucoup de musique (pas moi, donc) sont aussi ceux qui achètent le plus de CDs.

Sans le téléchargement illégal, ma culture cinématographique serait limitée : acheter en DVD tous les films que l'on veut voir, est-ce vraiment une option ? Pour avoir une culture assez vaste, non. Je vais beaucoup au cinéma, mais je n'ai pas le temps de tout y voir, donc je télécharge. Sans compter les films qui ne passent pas à Marseille et ne sortent probablement pas en DVD en France (sans téléchargement, je n'aurais probablement jamais pu voir Je suis un cyborg).

Pour autant, est-ce que je nie le droit des artistes à être rémunéré ? Non. Mais nous connaissons tous la part ridiculement faible reversée par les maisons de disques aux artistes. Et je trouve ridicule de nier un phénomène de masse comme le téléchargement. Des solutions peuvent être trouvées, j'en lance une au hasard dont il a déjà été question : la licence globale.

Il parait que l'équipe de Megaupload allait lancer une plateforme de téléchargement légal qui rémunèrerait les artistes. Si on enlève cette part énorme que prennent les maisons de disque, qui sont de plus en plus inutiles avec internet, on aurait peut-être non seulement un système légal qui marche mais aussi une meilleure qualité de la production musicale. On peut rêver, non ?

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Les membres du Parlement polonais portant le masque de Guy Fawkes, symbole des Anonymous

Mardi 24 janvier 2012 à 22:33

 Dans la catégorie petit livre léger qui a (peut-être) un sens profond, j'ai lu récemment Le CV de Dieu de Jean-Louis Fournier. C'est l'histoire de Dieu qui s'ennuie et qui du coup va sur Terre chercher un emploi. Il passe donc un entretien de recrutement.

Dieu explique ses créations, ses choix, chapitre après chapitre. Il est très humain, y compris la petite dose de mauvaise foi. Il s'exprime parfois par des phrases un peu sybillines, mais s'esclaffe lorsqu'on lui demande de traduire en latin "Je suis infiniment bon".

C'est un livre assez drôle et assez poétique, Dieu semble dépassé par les évènements, peut-être un peu mélancolique. Il regrette ce que les hommes ont fait de la planète qu'il a créée (mais peut-on y voir pour autant une critique du monde moderne ? c'est un peu poussé je pense).

Quelques réflexions sur les cons (les non-comprenants), la vie, la mort. C'est bien pensé, mais pas transcendant. Dans l'ensemble, le livre est sympathique sans être passionnant. Il se lit vite et se digère facilement – peut-être un peu trop. Note : B.


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