"ACTA, ACTA, tu passeras pas !
- Hey les gars, le problème qu'on a avec cette merde c'est qu'elle est déjà passée, alors faudrait qu'on se bouge un peu."

Pour la suite, j'ai choisi de ne pas parler d'ACTA, mais de la manifestation en elle-même. Vous pourrez vous renseigner sur ce traité grâce à des liens en fin d'article.
Samedi 11 février, 14h30. Une foule de manifestants s'amasse sur le Vieux Port. Au moins cent cinquante personnes. Beaucoup portent des masques de Guy Fawkes, le symbole d'Anonymous, non-organisation¹ d'où est née la résistance contre ACTA. D'autres enfouissent leur visage dans des cagoules et des écharpes, plus pour se réchauffer que pour se cacher de la police. Le froid a rebuté beaucoup de participants, puisqu'ils étaient cinq cent à avoir annoncé leur venue sur l'évènement Facebook.
Lorsqu'il devient évident que plus personne n'arrivera, le rendez-vous ayant été fixé à deux heures, quelques manifestants essaient de rassembler la foule avec des mégaphones. Le cortège se forme et se met en branle, direction la Canebière pour rejoindre une autre manifestation. Il passe devant un orchestre de rue, qui joue plus fort pour le saluer. Les manifestants réagissent avec enthousiasme, criant "on a de vrais artistes !". Mais très vite, le cortège s'arrête, revenant sur leur décision. Ils repassent devant les musiciens enchantés, pour rejoindre la Mairie située de l'autre côté.
A la Mairie, les manifestants s'arrêtent pour prendre des photos. Règle n°22 établie par Anonymous pour "garantir une victoire épique" : documenter la manifestation. Ils suivent également la règle n°5 : rester de l'autre côté de la rue par rapport à l'objet de la manifestation. Ce guide a été établi pour transmettre un message au public sans s'attirer d'ennuis, qui pourraient être contre-productifs au niveau de l'image.
Cette logique froide pose néanmoins quelques problèmes avec un manifestant visiblement remonté contre les forces de l'ordre. Ce membre du Front de Gauche qui distribuait des tracts en début de manifestation (un acte qui suscite déjà la méfiance, les participants redoutant une "récupération politique") exhorte la petite foule à aller sur la route. L'évènement n'étant pas déclaré suite à des problèmes administratifs, les coordinateurs improvisés – il n'y avait pas réellement d'organisateurs – refusent.

Quelques personnes masquées attendent le début de la manifestation
La manifestation repart vers la Canebière pour aller à la Préfecture, suite à des échanges houleux pour décider de la direction à prendre. Le problème était toujours le même : ne pas bouger pour ne pas s'attirer d'ennuis avec la police, ou aller dans la rue pour toucher plus de monde.
Il y aura finalement eu un compromis : cheminer vers la Préfecture en restant sur les trottoirs. Un choix que certains regretteront plus tard, affirmant avoir eu honte de participer à une manifestation qui traverse au passage piéton. Sur internet de nombreux conciliateurs essaient d'apaiser les esprits, en assurant que la prochaine fois l'évènement serait autorisé et qu'ils pourraient investir la rue.
"Citoyens du monde libre ! On essaie de faire passer une loi dont vous n'êtes même pas au courant !" s'époumone l'homme au mégaphone. Lorsqu'il reprend son souffle, la foule scande "Non à la censure ! Oui à la culture !". Le vigile du Virgin Megastore parle nerveusement dans son talkie walkie, mais les manifestants n'essaient même pas de rentrer. Une discipline étonnante pour un rassemblement spontané, malgré les exhortations du militant du Front de Gauche – qui avait rangé son badge et ses tracts et se présentait désormais comme "un sympathisant".
"Citoyens du monde libre ! On essaie de faire passer une loi dont vous n'êtes même pas au courant !" s'époumone l'homme au mégaphone. Lorsqu'il reprend son souffle, la foule scande "Non à la censure ! Oui à la culture !". Le vigile du Virgin Megastore parle nerveusement dans son talkie walkie, mais les manifestants n'essaient même pas de rentrer. Une discipline étonnante pour un rassemblement spontané, malgré les exhortations du militant du Front de Gauche – qui avait rangé son badge et ses tracts et se présentait désormais comme "un sympathisant".
Le cortège se dissoudra après un retour au Vieux Port. Marquée par quelques dissensions, le militant du Front de Gauche ayant tenté d'entraîner des participants dans un centre commercial couvert, la manifestation n'aura cependant pas rencontré de problème majeur. Une réussite selon les règles d'Anonymous, mais surtout une opération à poursuivre puisqu'elle vise surtout à sensibiliser la population. Les manifestants se retrouveront le 25 février prochain... en espérant être – de plus en plus – nombreux.

Le cortège remontant la Canebière
¹ J'appelle Anonymous une "non-organisation" car il n'ont ni structure, ni carte de membre, ni même condition pour "en être". C'est un collectif d'individus rassemblés par des idées : la liberté sur internet mais aussi le combat contre le racisme, la Scientologie...
Pour aller plus loin :
Pour en savoir plus sur ACTA : un article de madmoiZelle, une vidéo "L'ACTA pour les nuls", et pour les courageux le traité lui-même.
Pour agir : les manifestations du 25 février sur Facebook, une pétition qui a déjà rassemblé plus de 112 000 signataires.





