OK, souvenez-vous de ça : ne jamais juger un film à son affiche. Les affiches françaises de Zack Snyder sont souvent assez pourries. Le seul truc qui m'attirait, c'était ce slogan : "la réalité est une prison, votre esprit est la clef". Une phrase intrigante qui jurait un peu avec l'esthétique hardcore doll. Donc je suis allée voir
Sucker Punch.
Il n'y a pas à dire, Snyder est un maître de l'
esthétique. Images de synthèse, univers glauque (voire verdâtre), vintage... Très beau traitement de l'image, on est tout de suite dans l'ambiance. Surtout avec l'autre point fort du film : la
musique. Beaucoup de chansons pop-rock remixées, j'ai même supporté le rap mélangé à des chansons de Queen parce que ça allait bien avec la scène, qui nécessitait de la grosse musique qui tache (même si en fait, ç'aurait été le même effet sans les passages de Queen).
La plus belle correspond à ce qui est peut-être le meilleur moment du film - c'est un peu con, c'est l'introduction. Une séquence glaçante, pétrifiante, électrisante ou ce que vous voulez, sur une sublime reprise de
Sweet Dreams (je la préfère à celle de Marilyn Manson, et pourtant il y avait du niveau). C'est chanté par
Emilie Browing, l'actrice principale, et ça rend vraiment bien - surtout avec le volume d'un cinéma.
Mais au fait, je ne vous ai toujours pas dit de quoi ça parlait (je crois que le ton journalistique de ce blog est définitivement perdu) ! Donc :
Babydoll (appelons-là comme ça) vient de voir mourir sa mère d'une maladie (enfin, on suppose). Comme son beau-père est un vrai parâtre (merde, je croyais avoir inventé ce mot mais il existe !), il veut récupérer l'héritage alors il tue sa soeur et l'envoie dans un hôpital psychiatrique pour la faire
lobotomiser.
Les cinq jours qu'il lui restent avant qu'on lui ôte son esprit, Babydoll s'invente un monde, une
maison close où elle serait enfermée avec d'autres filles (qui n'ont pas vraiment de caractère mais est-ce étonnant puisque ce sont des créations ?). Puis une autre couche de délire où elle combat (avec les autres filles) pour retrouver la liberté.
Nous avons donc quelques séquences très
jeu-vidéo, dans des univers fantastiques (dites bonjour au zombies nazi de ma part), avec de beaux combats, qui défoulent bien (sincèrement, à chaque fois que je suis de mauvaise humeur je rêve de tuer des gens au flingue et au katana), et de l'autre côté des séquences plus
réalistes, plus reliées à l'histoire, dans la maison-close.
Ce que je reprocherais au film, c'est de ne pas avoir assez lié ces
dimensions. Babydoll accomplit une mission dans sa deuxième couche de délire, ça a une influence sur la première couche de délire et un peu aussi sur la réalité, mais on ne sait pas comment. Je regrette qu'il ne nous l'ait pas plus montré - Snyder a-t'il présumé de l'intelligence de ses spectateurs ou ne s'est-il juste pas foulé ?
Il est également un peu passé à côté du "message" du film, de la réflexion sur, comment dire... la vie en tant qu'
histoire romanesque, et le contrôle que nous avons sur notre propre existence. Quelques allusions par-ci, par-là, notamment à la fin, mais rien de transcendant. Dommage. C'était un
bordel, mais un bordel magnifique.