Encore du boulot scolaire, mais je le trouvais assez intéressant (même si le niveau de mon devoir n'est pas satisfaisant pour le prof). Thème : la démocratie. A part ça, je suis bientôt en vacances ! Après mes partiels, demain et jeudi.
La
démocratie est l'un des fondements des sociétés occidentales ; pour l'Europe – et en particulier la France avec son fameux héritage des Lumières – elle est l'un des critères importants pour juger du degré de civilisation d'un pays. Il peut toutefois être bon de prendre un peu de recul, et de se demander
si nous sommes réellement en démocratie. En France, que mettons-nous dans le concept de démocratie et pourquoi est-ce sacré pour nous ? Comment ces représentations modèlent-elles un système politique en termes d'égalité, de liberté d'expression et de séparation des pouvoirs ? Cette organisation est-elle encore une démocratie ? Voilà les questions auxquelles nous allons tenter de répondre.
Pour de nombreux français, la démocratie est une chose
sacrée. Elle se traduit par des
rites (les élections, dont le point central est le vote) ; on observe qu'outre le problème des fraudes, le vote électronique est rejeté car il ferait perdre à l'acte son caractère sacré. Les outrages à la démocratie font scandale, lorsqu'ils sont identifiés. Pour un jeune adulte, la première utilisation de son droit de vote est souvent vécue comme un baptême. De manière générale, la démocratie transcende l'homme en lui donnant un pouvoir sur l'ensemble de la société. Plusieurs objets se mêlent dans cette sacralisation : la
Démocratie se voit entourée de la
Citoyenneté, de la
Patrie, de la
Liberté, de l'
Egalité... Ces principes ne sont pas sacrés pour tous, mais chacun a les siens qui fabriquent une vision de la France telle qu'il voudrait qu'elle soit. La variété de ces conceptions a des conséquences concrètes : lorsque François Fillon s'oppose au droit de vote des étrangers aux élections locales, il argue qu'une telle mesure « risque de vider la nationalité et la citoyenneté française de leur substance » ; il va même jusqu'à parler d'un « travail de sape des fondements de notre République » (semblant oublier que les résidents de l'Union Européenne ont déjà le droit de vote à ces élections).
Comme le souligne M. Fillon, la citoyenneté est une question importante dans la démocratie. Étymologiquement, cette dernière donne le pouvoir au peuple, mais qui est le peuple ? Dans l'antique cité athénienne souvent donnée en modèle, seuls 10% des habitants étaient des citoyens. En France, le suffrage censitaire a été la norme jusqu'en 1848 ; et même au delà, les femmes n'avaient pas le droit de vote. Nous voyons bien que la notion de
citoyenneté n'est pas aussi simple qu'elle y paraît. De plus, ses évolutions ont souvent été liées à des volontés politiques : le vote a longtemps été refusé aux femmes de crainte d'un retour en force de l'Eglise (les femmes étant plus dévotes que les hommes) et aujourd'hui la droite s'oppose au vote des étrangers de peur qu'il ne favorise la gauche. Ce qui nous paraît normal aujourd'hui, comme ne pas octroyer le droit de vote aux étrangers résidant en France, paraîtra peut-être une
inégalité flagrante aux générations futures. L'égalité qui est censée être l'essence de la démocratie est donc un leurre ; on pense à cette citation de George Orwell : « tous sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres ».
Pour être égaux, encore faut-il en plus de l'égalité de droit une égalité d'
information. L'éducation, l'école sont des passages clefs, mais il faut ensuite assurer des médias libres et diversifiés pour laisser les citoyens se faire une idée politique ; c'est pourquoi la liberté d'expression est l'un des piliers de la démocratie. Il y a aujourd'hui peu de censure en France ; mais il faut se méfier des moyens de contrôle indirect, comme les pressions économiques. Dans le classement de
Reporters Sans Frontière sur la liberté de la presse notre pays a perdu 30 places, passant de 14ème à 44ème en 10 ans ; en cause : des mises en examens de journalistes, des violations du secret des sources, des violences physiques... Dans le même temps, faire de l'humour est devenu de plus en plus délicat puisque Le Point a récemment été attaqué par Eva Joly pour avoir parodié son accent norvégien dans un article. En réponse à cela, certains se réclament de
Voltaire qui aurait dit (mais cette citation est apocryphe) : « je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Cet état d'esprit, bien que représentatif de l'esprit des Lumières et de la démocratie, pose de sérieux problèmes dans son application : condamner les propos racistes est-il anti-démocratique ? Si la liberté d'expression ne souffre pas de limites, la France n'est qu'un succédané de démocratie.
Notre système politique est donc moins démocratique qu'il n'y paraît, puisqu'il écorne (sans les violer franchement) les principes d'égalité et de liberté d'expression. Si le pouvoir influe sur les médias, on peut s'interroger sur les autres confusions qui peuvent se produire – avec la Justice, par exemple. Malgré une indépendance théorique du
pouvoir judiciaire, il est en pratique entravé par le
pouvoir exécutif : mises sous écoutes de juges, pressions politiques, sanctions disciplinaires envers les magistrats qui dérangent les dirigeants... La constitution de la Cinquième République est assez vague en ce qui concerne la séparation des pouvoirs : le
législatif et l'exécutif se confondent en période « normale », c'est-à-dire quand le Président de la République et le Parlement sont de la même majorité. L'article 37 de la Constitution autorise l'exécutif à édicter des décrets, et l'article 49-3 lui permet exceptionnellement de créer des lois sans l'accord du législatif – tandis que ce dernier peut faire obstacle au Président via une motion de censure. La France possède donc un régime relativement équilibré, qui ne confine pas au despotisme mais qui ne correspond pas exactement aux standards de la démocratie.
Ce que nous appelons démocratie en France ne correspond pas à l'
idéal que nous en avons ; les idéaux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ont souffert lors de leur mise en pratique. En outre la démocratie que nous connaissons aujourd'hui est représentative, ce qui était inacceptable pour certains fondateurs de cette idée. Le principal détracteur de la représentation est Rousseau : il a pensé le
Contrat Social dans le but que chaque être humain garde sa liberté, or, pour lui, abandonner sa volonté à un autre revient à perdre sa liberté car si on peut être en accord avec quelqu'un pour un moment, rien ne garantit que ce sera toujours le cas. Les courants
anarchistes sont du même avis, allant même plus loin, en témoigne ce vieux slogan : « s'il y a vote, il n'y a pas de démocratie ». Mais dans notre société, prendre en compte scrupuleusement l'avis de chacun semble tenir de l'utopie ; Montesquieu et Voltaire s'accordaient d'ailleurs sur le fait que la démocratie conviendrait mieux à un petit pays.
Cet examen nous a montré que la France n'était pas exactement une démocratie car elle n'est pas un
modèle d'égalité, de liberté d'expression ni de séparation des pouvoirs ; enfin, elle ne peut pas être pleinement démocratique puisqu'elle utilise un système
représentatif. Mais il faut noter que la démocratie « pure » n'existe pas, ne peut pas exister en réalité à l'échelle d'un pays pour des raisons pratiques. Dans cette optique, elle est un idéal vers lequel la France ne peut que tendre ; on considèrera donc qu'un pays est démocratique
relativement aux autres ; à ces conditions, et puisque de nombreuses régions du monde sont encore sous des régimes despotiques : oui, nous sommes en démocratie.