Lady.Dylan

Journal d'une dilettante.

Vendredi 20 janvier 2012 à 16:26

 Connaissez-vous Les Chiens de garde, cet essai de Paul Nizan sur les intellectuels en tant que garants de l'ordre public ? Et Les Nouveaux chiens de garde,  sa version moderne par Serge Halimi, pointant la collusion entre les médias et le pouvoir (économique, politique) ? Ce dernier a été très bien adapté en film par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat.

Ce film est un documentaire, mais rassurons d'abord ceux qui craignent un côté rébarbatif (dans ma classe d'étudiants en journalisme, la plupart des élèves considèrent que c'est un "truc d'intello") : il est très ludique, très bien illustré et même assez marrant (la voix off est délicieuse d'ironie). On voit qu'ils ont essayé de faire quelque chose d'accessible, même si malheureusement ce film n'est distribué que dans des petits cinémas.

Puisque vous êtes rassurés, venons-en au fond : on peut observer que les grands journalistes, les hommes politiques et les grands patrons viennent tous du même milieu social et fréquentent les mêmes lieux. L'accusation a des relents de "lutte des classes", certes. Mais on voit des conflits d'intérêts plus troublants : des journalistes en vue qui sont payés par des entreprises pour animer leurs colloques, des experts économistes qui défendent le libéralisme en étant payés par des banques...

Parlons-en des "experts", et surtout des économistes. C'est le passage du film qui m'a le plus marqué, les problèmes sautent aux yeux : aucun des économistes les plus médiatisés (et les télés, radios, journaux invitent toujours les mêmes) n'avait prévu la crise. Imprévisible ? Non, d'autres l'avaient prévus. Pourquoi n'a-t-on pas congédié ceux qui s'étaient trompés ? "Trop d'erreurs et trop d'indulgence", affirme le film.

Difficile malheureusement de tout retenir en une fois, je pense que je vais lire le livre de Serge Halimi pour compléter car ce sont les reproches faits aux journalistes que j'ai le moins bien compris (et aussi ceux qui sont le plus importants pour mon métier). Gardons cependant à l'esprit que c'est le système qui est accusé, un système qui corrompt ses membres et rejette ceux qui ne se laissent pas corrompre. Changer quelques têtes ne suffira pas.

(Enfin bref, allez le voir, il est vraiment très intéressant. Pas de note, inclassable.)

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Vendredi 30 décembre 2011 à 19:37

 Bon, un article en bref pour remplacer celui que je viens de perdre (ça marche, chez vous, le truc de brouillons de Cowblog ? parce que chez moi jamais) à propos de Signé Furax.

C'est un film français absurde de Marc Simenon, sorti en 1981, adapté de la deuxième saison de la série radiophonique éponyme. Le feuilleton était signé Pierre Dac et Francis Blanche, autant dire des sommités de l'humour de l'époque (c'est le moment de faire nos petits vieux – ou nos Francis Cabrel – et de dire "c'était mieux avant").

Le pitch (sobre et réaliste) : des monuments disparaissent et sont remplacés par des copies en plâtre sucré / guimauve / ballon de baudruche. Ces méfaits sont signés Furax, un célèbre criminel que tout le monde croyait mort. Serait-il revenu ?

Ingrédients : des personnages plus incapables les uns que les autres, des membres d'une secte qui se déguisent en Père Noël pour  chanter une espèce de reggae (qui vous restera dans la tête, je vous le dis), des guest stars éclair (Coluche et Pierre Desproges).

J'ai trouvé le film assez lent, ou peut-être m'a-t'il lassé par son manque de surprise. Je ne demandais pas de grand suspens mais certains gags m'ont paru vus et revus – peut-être l'effet de l'âge de l'oeuvre et son influence sur la postérité.

Néanmoins Signé Furax reste incontournable car c'est un puits à références et à "répliques cultes", un peu comme La Cité de la Peur (je n'ai pas fait d'article dessus ? vous pouvez me lapider). Note : B.


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Fouvreaux, le seul personnage sensé, et sa secrétaire amoureuse de lui

Jeudi 22 décembre 2011 à 10:00

 Dimanche j'ai vu pour la première fois le Château de la Buzine (celui de la mère de Marcel Pagnol), mais surtout j'ai assisté au Cinémonstre d'Enki Bilal et Goran Vejvoda. C'est un montage d'un peu plus d'une heure, composé des trois films de Bilal, avec 1. une musique jouée en direct (et improvisée) par le compositeur et 2. des modifications sur l'image réalisées également en direct (et improvisées) par le réalisateur.

Bien évidemment, trois films mélangés, ça ne veut plus dire grand chose – d'autant que les langues sont mélangées, parfois un personnage parle en français et l'autre lui répond en japonais. On essaie d'identifier chaque film (surtout quand comme moi on n'en a vu qu'un et qu'on l'a passablement oublié), mais ce n'est probablement pas le but (y a-t'il un but ?).

Ils nous ont prévenu au début : l'oeuvre laisse décontenancé et... je ne sais plus quels mots il a utilisé, mais en clair totalement perdu. Je n'ai jamais vraiment réussi à mettre des mots sur toutes ces créations modernes qui parlent à autre chose que notre intellect – en fait, je réalise que je dois être un peu psychorigide – mais j'ai réussi à apprécier ce film. Il faut accepter qu'il parle directement à nos émotions.

A la fin il y a eu un petit dialogue entre le public et les auteurs du film. Un spectateur a suggéré que ce type de manifestations, qui parle davantage à nos émotions et qui implique la présence du concepteur, allait devenir un nouveau type d'art – voire révolutionner le cinéma. J'en suis assez peu convaincue.

D'abord, cela pose un problème de moyens, et puis j'aime trop les histoires pour me satisfaire pleinement de ces happenings (un est très enrichissant, de multiples le seraient moins). Non, si un type d'art plus interactif doit naître ce sera probablement le jeu (comme je le lisais tout à l'heure dans un article sur la théorie du jeu).

Ce montage m'aura en tous cas donné envie de voir les trois films : Bunker Palace Hôtel, Tykho Moon et Immortel, ad vitam. Le dernier est celui qui m'attire le plus (univers tendance cyberpunk, esthétique incroyable), je l'ai déjà vu mais je m'en souviens si peu que je vais probablement le revoir. Dommage que maintenant, on connaisse la fin des trois...


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Mardi 20 décembre 2011 à 17:57

Il est rare que j'aille voir les "films de Noël", ces produits hyper lumineux, à gros budgets et grosses doses de bons sentiments. C'est pour cela que je n'avais porté aucune attention à Hugo Cabret (adapté du livre pour enfants L'invention de Hugo Cabret) quand j'avais vu les affiches. Je me suis ravisée quand j'ai su que le film parlait de Georges Méliès (les films sur le cinéma, un grand classique), et je suis allée le voir.

L'histoire est assez tragique : la moitié des personnages sont orphelins (j'exagère à peine), au début du film le pauvre petit Hugo a déjà perdu sa mère, puis son père, puis son oncle qui s'occupait (plus ou moins) de lui, Georges Méliès (dont on ne connait pas l'identité tout de suite, même si l'on pouvait s'en douter) est déprimé et ne veut plus faire entendre parler de cinéma...

Le pitch, donc : un gamin (Hugo Cabret) vit seul dans une gare à remonter les horloges en se cachant du policier qui veut coffrer tous les orphelins ; il pique des pièces à un marchand de jouets pour réparer un automate ; le marchand de jouets l'attrape, confisque le carnet dans lequel il avait les plans de l'automate (il semble étrangement bouleversé en les voyant), qu'Hugo va tout faire pour le récupérer.

Je l'ai vu en 3D et elle n'est pas très bien faite. Il y a une recherche esthétique, qui aurait pu être largement enrichie par la 3D, mais c'est encore trop filmé comme de la 2D (notamment la mise au point sur un élément d'arrière-plan – avoir un énorme truc flou juste devant les yeux, c'est assez pénible). De plus, tout est encore trop sur deux plans.

C'est un vrai film de Noël parce qu'il est magique (quoique sans magie) et tout gentil, mais il n'est pas sans intérêt pour des adultes. J'ai pleuré à plusieurs moments (bon, je suis une petite nature), c'est émouvant et plutôt bien fait même si c'est clairement du grand spectacle et pas un truc hyper profond qui pousse à la réflexion. Bilan : B, qui aurait pu être un B+ si la 3D avait été meilleure.


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Samedi 3 décembre 2011 à 11:05

En histoire et panorama des médias, on nous avait conseillé Good night and good luck, un film de George Clooney sur Edward Murrow – un journaliste qui a combattu le maccarthysme. Justement, j'étais curieuse de voir un autre film de Clooney après avoir apprécié Les Marches du pouvoir !

Edward Murrow était un présentateur de CBS dans les années 50. C'était quelqu'un de très intègre, et c'est pour cela qu'il a dénoncé les méthodes de Mac Carthy (délation, persécution, condamnation sans preuve) et déconstruit ses discours en faisant apparaître les incohérences. Ses efforts ont contribué à la chute du sénateur.

Le film est très fidèle à la réalité historique – plusieurs discours sont authentiques et il y a des images d'archives. La réalisation est très sobre, en noir et blanc, sans fioriture ; c'est presque un documentaire. Certains passages paraissent assez longs, du fait de l'absence d'action, mais en fait le film passe vite (oui, c'est paradoxal – en fait, on a l'impression qu'il y a des longueurs mais quand on regarde le temps écoulé on se dit "oh, on en est déjà là !").

En résumé, un film instructif et intéressant quand on s'intéresse aux médias et/ou à la politique, à éviter si on déteste les films "où il ne se passe rien" (en réalité il se passe beaucoup, mais c'est assez microscopique). J'ai été relativement déçue par la réalisation : elle sert bien le film, mais l'ambiance n'est pas aussi forte que dans Les Marches du pouvoir.

Un regret enfin : qu'on ne voie pas davantage les mécanismes qui ont amené à la chute de Mc Carthy – puisque c'est quand même le sujet du film. Enfin, j'ai l'impression que la morale de l'histoire, assez détachée de l'Histoire justement, est que la télévision peut avoir un rôle autre que de divertir – avec un avertissement sur les risques qui vont avec le pouvoir d'informer. Pour ce qui est de l'appréciation générale : B-.

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