Cette magnifique photo de quiche est dédié au magazine Causette
et à sa catégorie "on nous prend pour des quiches".
Alix Girod de l'Ain a 46 ans mais prétend en avoir 28 – malgré ses trois enfants dont deux adolescents. Un petit mensonge peu crédible, probablement humoristique. Révélateur du personnage, décrite partout comme "parisienne", "pétillante", "bien dans son époque". Trop bien, peut-être, puisqu'elle incarne le rétrograde glamour qui caractérise les magazines féminins.
Alix Girod de l'Ain est une journaliste qui officie au magazine ELLE depuis plusieurs années ; elle est l'une de ses plumes les plus connues et l'une de ses éditorialistes. Elle a également publié plusieurs livres dont Sainte Futile (où une journaliste de la presse féminine rencontre Dieu qui lui ordonne de donner un sens à sa vie) ou L'art de se faire épouser des paresseuses. Dans ses écrits, elle revendique de pouvoir être frivole sans passer pour une idiote – un but louable au demeurant.
Le problème de cette auteure, c'est qu'elle a trop bien intériorisé les valeurs de la société. C'est un pur produit de la double contrainte qui touche les femmes : émancipée mais passive (en témoigne sa prétention récurrente à être considérée comme une princesse, ou le simple fait d'écrire un livre sur "l'art de se faire épouser", comme si une femme ne pouvait pas "épouser" à la voix active) ; épanouie mais jamais satisfaite (de son corps, de son âge). Après tout, être paradoxale est parait-il l'une des caractéristiques de la femme ; peu importe les dégâts psychologiques que la double contrainte peut infliger à ses lectrices.
Alix Girod de l'Ain écrit parfois des articles féministes gentils et pas trop sérieux (on lui concèdera que le sérieux n'a jamais été son objectif), elle s'insurge contre l'écart de salaire entre les sexes, mais elle continue à propager des clichés sur la féminité. C'est sans doute une partie de son travail : son éditorial à ELLE arrivant après trois pages de publicité, il serait malvenu de proposer aux lectrices une vision d'elles-mêmes fortes, débarrassées des diktats de la "perfection" physique. Si elles se sentaient vraiment indépendantes (y compris du regard des hommes), les femmes consommeraient beaucoup moins de produits anti-rides. Les annonceurs ne prendraient pas ce risque.
On est en droit d'attendre d'une journaliste et écrivain autre chose que d'amusants clichés. Sous couvert d'humour (le sacro-saint humour, qui interdit toute contradiction), Alix Girod de l'Ain est victime et bourreau de cette violence symbolique qui touche les deux sexes, les assignant à des rôles cloisonnés et à une éternelle incompréhension. Il est dommage que ce genre de lieux communs bêtifiants composent aujourd'hui encore une grande partie de la presse.














